mardi 27 avril 2010

Des histoires et des lettres

dimanche 18 avril 2010

Neige caresse

Nos pas
Une trace
Une caresse
Cette nuit envolée
Qui s'en souviendra?
Nous, qui avons vécu cela
Et la marmotte ce matin réveillée

Tout près des Anges

Aiguille Rouge  Bleu des Anges  Silence blanc
Des ailes ouatées
Vertige

jeudi 15 avril 2010

Je suis le règne végétal par Christine H.

Quand je dis terre, je vois le paysan rentrer dans le soleil couchant, les bottes lourdes de cette terre amoureuse.

Quand je dis terre, je vois les moutons ignorants, tondant consciencieusement cette herbe pelée.
Quand je dis terre, j’entends le chien qui jappe pour accueillir son maître, j’entends la chaise qui grince sous son poids, j’entends le carillon qui sonne, il est 8 heures.
Quand je dis terre, je sens les herbes du talus pleines de la pluie finissante, la chaleur qui monte après l’orage, ce parfum indéfinissable.
Quand je dis terre, je touche le pin au tronc morcelé, le bouleau à l’écorce fragile, la caresse du saule m’accompagne dans le fond du jardin.
Quand je dis terre, je goûte aux brindilles juteuses glissées entre deux fraises.

Définition en images
La violette, parfum suranné des années 50, fleur timide mais insistante, indispensable pour un parterre arc-en-ciel, inoubliable sur le corsage de ma grand-mère.

A la manière d’un haïku
Le noyer pleure au loin
Le noir soudain
Enfin l’orage

La forêt silencieuse
Une tache d’encre
Une lettre inachevée

L’oasis
Le désert
Quelques pas

Je suis le grain de blé
La main chaude de Maurice vient de m’abandonner, me lâchant brutalement au milieu d’un sillon brun, large et profond. Soudain j’ai froid, peur de cette soudaine solitude. Et pourtant au fil des jours je m’alanguis, apprécie la chaleur nouvelle d’une terre inconnue jusqu’alors. En quelques jours j’ai déjà fait connaissance avec des voisins sans gêne, d’autres curieux de mon arrivée voire même intéressés par mon devenir.
J’ai facilement pris mes quartiers d’hiver mais le printemps tout proche m’a bousculé. Cette terre, vraiment, était devenue un peu trop collante ! Il me fallait la remettre à sa place et découvrir d’autres horizons, j’ai besoin d’espace, je suis libre, moi. Hésitant, titubant je me réveille dans une lumière éclatante, un champ à perte de vue où d’autres semblables m’attendent. Tel un adolescent fou, rien ne semble pouvoir m’arrêter, à chaque jour une nouvelle découverte signe qu’un avenir exceptionnel m’attend.
J’ai fait de très belles rencontres : des êtres volants, multicolores ont cherché à me séduire, l’astre du jour m’a donné une teinte mordorée très appétissante. Quelques êtres perfides ont tenté de m’éliminer mais l’animal sur deux pieds a su me soigner.
Période éternelle…
Hélas, un jour cet astre bienveillant m’a moins réchauffé, j’ai bu plus que nécessaire, mes articulations ont commencé à me faire mal.
Et aujourd’hui l’effervescence semble à son comble. Quelle est cette grosse bête malodorante qui me frôle ? Au secours !!!

Textes Christine H.
Photo Isabelle M.

lundi 12 avril 2010

Je suis le règne végétal

"Moi quand je regarde par la fenêtre, je vois que le béton est en fleur" -
Grand corps malade (Je dors sur mes deux oreilles) 
Moi quand je dis terre, je vois la tombe sans nom de cet enfant qui s’est envolé.
Moi quand je dis terre, je vois ces formes ondoyantes qui supportent le ciel. 
Moi quand je dis terre, j’entends le frétillement des feuilles de ce tilleul secouées par le vent.
Moi quand je dis terre, je sens l’odeur de la terre trop chaude se répandre dans l’air après une pluie d’orage.
Moi quand je dis terre, je sens le parfum des fleurs ensoleillées du mimosa de mon jardin.
Moi quand je dis terre, je touche cette argile qui colle à mes mains pour m’y fondre éperdument.
Moi quand je dis terre, je goûte l’air que je sens envahir mes poumons.

Définitions imagées 
Le tournesol, soleil terrestre au cœur immense et généreux empli de graines croustillantes.
La pâquerette, étiolée au gré des amours, possédée et plantée là.

Sur le modèle du Haïku 
Arbre à palabres,
Vipère à cornes des sables.
Le Kapok capote.

Je suis un grain de blé
J’étais dans ce sac, appuyé sur une peau semblable à la mienne. Et me voici saisi par un corps qui me presse, me soulève pour mieux me laisser choir.
Un rebond puis un autre et je me retrouve esseulé. Qu’attend-t-on de moi ?
Une matrice chaude me saisit. Au contact de cette décomposition vivante, je ramollis. Elle me soutient avec force. Je m’y agrippe et me distords. Je m’enfonce. Un mouvement que je ne contrôle pas et qui pourtant paraît émaner de moi me contraint. Mon enveloppe se déchire, s’ouvre. Que m’arrive-t-il ?
Vers où m’emportera cet appendice qui s’échappe de moi ? Je me débats et m’étire. Processus irrémédiable ; je me déploie. Je m’empare de la quintessence de l’énergie dont regorge ma nidation. Je l’absorbe avec délectation.
Je suis attiré vers la lumière qui vient décupler mes forces. Je m’élève irrémédiablement vers un destin déjà inscrit en moi.

Textes Isabelle H.
Photos Isabelle M.

Je suis le règne minéral

Je suis dans cet oeuf
Ici je me transforme au rythme des élans qui me sont donnés par le mouvement des failles qui m’entourent. Elles m’enferment puis me laissent libre d’envahir cette grotte tendre et enveloppante.
Le magna semble fondre pour me rendre vivant.

Je suis cette roche en fusion qui jaillit d’un antre.
J’étais oppressée et une explosion m’a libérée. Je me suis élevée en une multitude d’éclats. Déstabilisée par la transformation opérée sur moi par la chaleur, je venais de sortir brutalement d’un immobilisme mortel. J’allais pouvoir franchir l’étape de transition qui me conduirait vers ma consolidation.
L’élan donné par l’énergie accumulée, par les peurs et les distorsions endurées saurait assurément me donner forme. Une forme inattendue peut-être, mais enfin révélée.

Textes Isabelle H.
Photo Isabelle M.

jeudi 8 avril 2010

Jeux de lecture, Jeux d'écriture

Lectures, discussions et séances d'écriture ont rythmé la journée de formation donnée jeudi 1er avril par Lever l'encre à la demande de la DDJS. Les stagiaires ont ainsi pu tester plusieurs types de jeux d'écriture portant sur :
- la fiction (Scriptoclip, pioches d'Eva, jeu du +/_ d'Enzo Munari),
- la correspondance (à partir d'une adresse, 'Prêt à poster'),
- la poésie (Poème fantôme, Bonbons-Mots, Boites  à histoires...)
Ambiance détendue et néanmoins studieuse...

mercredi 31 mars 2010

Salon du livre 2010

A mi chemin entre Bruxelles et Brissac, il y a Paris. Et à Paris en ce moment, il y a le Salon du Livre. 
Nicole et moi (les deux animatrices de Lever l'encre) nous sommes donc données rendez-vous hier Porte de Versailles pour une journée d'immersion dans le grand temple des mots. Parmi quelque 1000 éditeurs du salon, nous avons découvert deux perles rares qui brillaient d'un éclat singulier : les éditions L'Escarbille et Rougier Atelier.
L'Escarbille est une maison d'édition de Nantes spécialisée dans la publication des premiers romans. Marie-Hélène Bahain, sa directrice, que j'ai rencontrée à l'heure du déjeuner, a aimablement accepté entre un sandwich et un flan breton de me parler de son travail passionnant et de son goût pour les rencontres avec les textes et avec les auteurs. A l'écouter, un monde d'histoires derrière les histoires a pris forme. Une très belle rencontre...
Et puis, un peu plus tard, c'est Vincent Rougier, plasticien et éditeur en Normandie qui m'a parlé de sa démarche : publier de la poésie et l'illustrer (gravures, gouaches, dessins...). Beauté et humour se côtoient ainsi dans les petits livres-objets qu'il publie, les 'Prêts à poster'. Ces poèmes illustrés et reliés par un bout de ficelle (d'où le nom d'une de ses collections) se glissent dans une enveloppe timbrée par l'illustrateur. De vrais petits bijoux à offrir...
Alors, après une journée au salon du livre, on se (re)dit que oui, le livre est vivant. La littérature circule, s'échange, se lit, s'écrit. Pour ma part, j'en suis persuadée, la littérature transforme le monde.
Isabelle M.
L'escarbille - BP92431 - 44324 Nantes Cedex 3
ed.escarbille@nantes.fr
Rougier Atelier - www.rougier-atelier.com
rougier.atelier@wanadoo.fr

jeudi 25 mars 2010

Ben

Le dimanche matin est le repos mérité du père. Lorsqu’il se lève, les enfants doivent d’être en dehors de la cuisine, sur la table du petit déjeuner, aucune miette de pain ou trace de l’on ne sait quoi doit se trouver sur la toile cirée, la mère s’y emploie.
Il faut dire que Marianne est une femme d’ordre et de propreté, elle gère, oui elle gère tant la maison au quotidien que les affaires courantes à l’extérieur. Le mari, lui, ne dit rien ou si peu, il regarde sa femme et elle lit dans ses yeux. C’est une femme intelligente, vive, elle déborde d’énergie. Quant à lui, Benjamin, préfère qu’on l’appelle Ben. Parait-il que ça lui sonne mieux à l’oreille, c’est plus précis, plus clair, ça claque bien en bouche et ça habille bien le propos. Ceci étant, Ben n’a rien d’un Apollon, de taille moyenne, un physique passe partout, vêtu à la tout le monde, en somme dans la rue un homme tout à fait banal. Dès qu’il devient le mari, le père, le copain, l’ami, Ben bascule, un peu comme la benne d’un camion qui décharge dans une déchetterie, chez lui tout fout le camp et là il est puant, chiant, mordant. Et pourtant, rien de tel lorsque Ben redevient le fils, le frère, le cousin, le neveu, les uns et les autres ne comprennent pas les questions, les interrogations, la lassitude de Marianne à propos de son couple. Ben un beauf, un macho, un ringard ? Ce n’est pas possible pour eux. Il travaille régulièrement, il rapporte son salaire à la maison, pas de maîtresse à l’horizon, pas plus qu’il boit, ou fume quoi que ce soit, qu’il passe son temps libre devant la télévision. Seulement tout est là, dans le regard.
Jacky L.

Les recettes de l'amour par Jacky

Tout d’abord il vous faut :
- quelques ingrédients de base,
- un peu de temps,
- une once d’imagination vagabonde,
- enfin et surtout, vous préchauffer. 

Donc la recette :
En 1 : Laissez tremper vos mains dans une froide, jusqu’à ne plus sentir vos    pensées fixes.
En 2 : Concentrez intensément votre regard sur une fleur, si possible naturelle, jusqu’à entendre les battements de votre cœur et même les compter.
En 3 : Posez vos pieds bien à plat au sol jusqu’à éprouver la sensation de vous enfoncer dans la terre, laisser remonter les fourmillements dans les deux jambes.
En 4 : Sans vous forcer, tranquillement, laissez ainsi survenir toutes images de celle ou de celui qui serait susceptible d’enfourner votre corps dans le sien.
Jacky L.