mardi 22 mai 2012

Arbre, mon ami

D'après Le grand arbre de Rémi Courgeon, Mango Jeunesse, 2002

Consigne d'écriture : Si nous avons un secret que nous confions à notre jardin, notre jardin et particulièrement les arbres ont eux aussi des choses à nous dire. Choisissez une essence d'arbre. Faites deux colonnes. A gauche, le portrait physique de votre arbre (feuilles, fruits, type d'écorce, grandeur...), à droite les traits de caractères qui pourraient lui correspondre. A partir de ces éléments, imaginez que, tel l'homme riche dans l'histoire de Rémi Courgeon, vous vivez toute une année avec votre arbre. Votre arbre vous parle, que vous dit-il?

Le Tilleul me dit :
"Oh, tiens, te voilà. Ecoute bien mon histoire.
Je suis là depuis longtemps, je vois beaucoup de gens passer à toute saison.
L’hiver en courant. Ils se dépêchent, je ne peux pas les abriter.
Puis, arrive le printemps avec mes feuilles, et mes fleurs. Les gens se retournent quand ils sentent cette bonne odeur. Ils s’arrêtent pour cueillir mes fleurs.
L’été, ils se posent à l’ombre de mes feuilles.
Passons cette année ensemble à rencontrer ces personnes avec leurs joies et leurs peines."
Myriam

Depuis que je l'ai vu, on se dit plein de secrets. Même une fois, il m'a confié qu'il avait un fruit de la passion doré et qu'il l'a caché, on ne sait pas où, sauf moi. Et devinez quoi? Je l'ai goûté. C'était croquant et délicieux et juteux. J'en ai laissé la moitié pour qui? Ben pour lui. 
Amina 

Le baobab est énorme: son tronc fait au moins cinq mètres de largeur. Il a de petites branches épaisses avec des touffes de feuilles au bout. Il donne l'impression d'être puissant, imbattable. Mais dans les petits recoins, il est plus faible et sentimental. En gros, c'est une armoire à glace au coeur d'or.
"Mon petit ami humain, viens t'abriter sous mon tronc l'hiver,
Mon petit ami humain, viens étancher ma soif l'été,
Mon petit ami humain, viens voir mes belles touffes de feuilles vertes au printemps,
Mon petit ami humain, tu peux partir maintenant, c'est l'automne."
John

L'érable est un arbre qui peut taquiner, mais rien de méchant. Il peut aussi vous dire des choses très intéressantes puisqu'il est cultivé. Mais apprenez d'abord à le connaître et engagez la conversation, car il ne le fera pas, il n'aime pas parler: il a un caractère froid.
Clara

Petites annonces en cadavre exquis

Le jardin est un monde en soi, avec ses habitants, sa météo, ses rythmes, ses récoltes. Dans un jardin, rien ne se perd. Le grand cycle de la vie se charge de tout réutiliser. Du coup, lapin, vers de terre, tournesol, manguier et arrosoir ont passé des petites annonces dans la gazette locale pour trouver ce qu'ils cherchent désespérément. Lisez plutôt... 

Lapin
Cherche de l'eau URGENT!
Pour se baigner
Quand le premier rayon du soleil lui chauffera le dos

Manguier
Cherche un homme (ou une femme) pour me remplir et m'emmener au fond du jardin
Les jours de grande sécheresse

Monsieur le Tournesol
Cherche du maïs pour pouvoir manger et recevoir ses amis, pour se nourrir et grandir
Quand? Le 17 mai 2027 à midi
Il fera beau

Vers de terre
Cherche arrosoir bleu ciel
Pour manger et recevoir ses amis
Car il ne peut plus manger avec ses longues dents
Il lui faut la pluie

Mon arrosoir
Cherche une vieille peau de pomme pourrie
Pour faire pleuvoir ses racines
Le jour le plus pluvieux possible

lundi 30 avril 2012

J'ai descendu dans mon jardin...

Le printemps se fait attendre? Qu'à cela ne tienne! Lever l'encre vous invite à le faire fleurir sous vos stylos!
Petits et grands, amoureux des plantes et des fleurs, gourmands des fruits et des légumes, venez semer des mots, qui mis bout à bout feront un jardin extraordinaire. 

Jeux de lecture et d'écriture pour petits et grands (de 7 à 77 ans et plus), samedi 12 mai de 14h à 16h30 à la médiathèque de Juigné-sur-Loire (49610). Participation gratuite. Maximum 10 participants.

vendredi 6 avril 2012

Je est un autre

écritures autobiographiques
Avec ce cycle de 5 ateliers d'écriture, LEVER L’ENCRE vous propose de découvrir des textes d’hommes et de femmes qui ont raconté leur vie et en ont fait une œuvre littéraire. Entre les mots des autres, parfois avec les mots des autres, le plus souvent avec ses propres mots, chaque participant pourra à son tour écrire des fragments de sa vie.

Divers procédés empruntés au roman autobiographique (un JE réel et des événements fictifs), à l’autofiction (un JE imaginaire et des événements réels) ou au « photojournal », seront utilisés.

Aucune expérience d’écriture n’est requise, seule compte l’envie d’écrire. Respect, convivialité et écoute attentive fourniront le cadre de ces rencontres.

Les dates (jeudis) 26 avril / 10 mai / 24 mai / 7 juin / 21 juin
L'heure de 14h à 17h 
Le lieu Médiathèque de Juigné-sur-Loire (49610)
La participation 55 euros le cycle entier ou 15 euros l’atelier. Inscription obligatoire. Max. 8 participants.
Renseignements et inscriptions 06 31 97 16 13

Photo Book Face Sculptures by Nicholas Galanin “What Have We Become?”

samedi 17 mars 2012

Lir&crire au Goût Thé en Libr'Air

Cet après-midi de fin d'hiver, au coin du feu, au fond d'une grotte, nous nous sommes réunis pour lire et écrire. Cet après-midi de fin d'hiver, au moment où le vent soufflait et la pluie tombait, nous étions huit participants dans le monde du dessous, celui des troglodytes, à explorer, à la suite de Georges Perec nos demeures intérieures comme autant d'Espèces d'espaces. Grandes, petites, ouvertes sur le ciel, faites de livres ou de parois de verre, nos grottes étaient aussi diverses que nos écritures.
Patricia Carpentier, qui nous ouvrait les portes du Goût Thé en Libr'Air, nous a aussi régalés de ses thés et madeleines. Marcel ne pouvait que s'inviter... Dès lors, quelques souvenirs de goûters, chaudes tablées et autres pépites de l'enfance sont remontées à la surface de nos pages. Enfin, pour remercier notre hôte de son chaleureux accueil, nous nous sommes joyeusement pliés à la contrainte de l'acrostiche. Vous les trouverez un peu plus bas comme autant de regards croisés sur le lieu et la journée.
Isabelle Moran
Pour plus d'infos sur le Goût Thé en Libr'Air, visitez sa page Facebook http://fr-fr.facebook.com/people/Mégapole-Montsabert/100003179109822

Acrostiches

<°))><

Gamin 
Octobre
Un jour de joie
Tu me dis quelque chose

Temps suspendu
Hors le temps
Evadé

En lisant, en buvant, en écrivant, en goûtant
Nul n'échappe à l'émotion du lieu

Libres, nous étions libres, nous sommes libres
Ivresse du lieu, Ivresse des livres
Beauté de tout, Beauté qui bouge
Rare, moments rares, amitié rare

Aération cérébrale
Infusion cérébrale
Rupture d'habitude
<°))><
Graine
Ouverte
Unisson
Troglodyte

Tendres, nous étions tendres, nous serons tendres
Haut, très haut
Etourdis, ébahis, étonnés, eh oui!

Envie de rire
Noisettes

Liberté de parole ou de silence, joie d'être
Installés au coin du feu
Buvant le breuvage de Patricia
Reine de l'endroit

A la campagne
Imaginer
Respirer le vert, la pluie...
<°))><
Grignoter
Ouverture des sens 
hUmidité
Tranquilité


Tu nous invites aux voyages, Patricia,
Hôtesse simple, chaleureuse et subtile,
En enchantant nos tasses de thé


Emulation subtile
Névrose graphologique


Lucioles, araignés, chauve-souris
Invités à l'heure du thé
Breuvage accroché aux souvenirs
Revisite les sourires de l'enfance


Avec l'écriture, le réconfort de la lecture
Innombrables univers doux et drôles
Retour au réel quand la porte de la grotte s'ouvre

<°))><

Grand moment de convivialité
Ou d'émotions fortes
Utiles échanges nourris par un subtil
Thé


Tire sur la ficèle
Holà, pas si fort
Et je suis sorti


En vie, en simplicité
Nés, naissance, nus


Lecture 
Imagination aux commandes
Balbutiement
Respiration


Ambiance
Ici 
Relie

jeudi 15 mars 2012

Marcel


Au 34, Marcel vit seul.
Il est presque vingt heures, le journal va bientôt commencer mais, en attendant, Marcel n’a rien à faire. Comme tous les soirs, il est assis sur le fauteuil en vieux velours ; comme tous les soirs, son eau pétillante est posée sur le plateau de verre de la table basse, là, juste à portée de main ; et comme tous les soirs, il se dit que c’est bien pratique.
Le jour baisse tout doucement, l’heure du coucher est encore loin. Sur l’écran face à lui, toujours pas de journal, Marcel s’ennuie à mourir, mais préférerait crever que de le reconnaître. Alors, pour s’occuper, comme chaque soir en attendant vingt heures, il attrape son vieux bout de cordage et fait des nœuds marins aux deux extrémités. Puis il défait le tout et fait un seul long coulant. Depuis que Marina est partie, tous les soirs, Marcel s’entraîne.
Puis, le journal commence. Enfin.
Marcel se frotte le cou, et caresse longuement la corde en prenant des nouvelles du monde.

Au 35 vit Marina. Marina ne vit pas seule. Quand elle est partie, elle a emmené Rosa avec elle. Elle ne le regrette pas. Bien sûr, la petite est bruyante, mais elle est pleine de jeux, et puis elle chante tout le temps ; ça la berce.
Ce soir pourtant, Rosa agace sa mère.
« Maman, c’est quoi ? ». Rosa tient un morceau de corde dans sa main.
« Laisse, c’est sale. ». Marina arrache la corde des mains de sa fille, elle est nerveuse et ne sait pas pourquoi.
Bien sûr, il pleut, mais ce n’est pas ça.
Rosa est électrique, joue aux sioux, marche à reculons, se cogne aux meubles, mais ce n’est pas ça.
Ce matin, la voiture n’a pas démarré, elle a cassé un verre et il n’y avait plus de café, mais ce n’est pas ça.
Marina est de plus en plus tendue, elle tourne et vire dans la petite maison.
Rosa crie : « maman, il est quelle heure ? ». Elle ne répond rien, s’arrête. Elle vient de se souvenir.
Il était vingt heures ce soir-là, elle avait descendu tous leurs bagages dans l’entrée, Rosa avait déjà mis son manteau, elle ne pleurait pas. Marcel ne disait rien, il était assis sur son vieux fauteuil en velours et les regardait. Puis, il s’est levé. Sur l’étagère, il a pris un vieux cordage qu’il gardait en souvenir du temps de la mer, il a sorti son couteau de sa poche et a tranché le cordage en deux. Il a donné la moitié à Marina et est allé se rasseoir devant son eau pétillante et sa télé, comme tous les soirs.
« Maman, il est quelle heure ? »
« Il est vingt heures Rosa »
Marina allume le poste.
Blandine Prot

Samedi 25 février 2012, Lever l'encre était à Sion sur l'Océan (Vendée) pour animer un atelier d'écriture conçu en deux parties : matinée balade pour engranger du matériau et faire naître l'inspiration;  après-midi écriture. En tête, une consigne simple : retrouver des traces de vie au coeur de l'hiver. 
Les villas, pour la plupart fermées, offraient leurs façades endormies, et les dunes, désertes, des traces de pas à demi-effacées, comme autant de pistes à suivre pour dérouler nos imaginaires.
L'après-midi, nous avons fait l'inventaire de nos trésors : photos, cordages, algues, bois flottés, cailloux roulés, coquillages... à partir desquels nous avons écrit. Simone, il, Marcel, et d'autres, encore en attente d'être postés sur le blog, sont les portraits qui sont nés de nos pérégrinations maritimes et que nous vous offrons.
Isabelle Moran

mercredi 14 mars 2012

Simone


La villa de Sion avait été construite dans les années 60 à proximité de la plage. On n’y accédait pas directement par la route centrale, il fallait s’aventurer un peu dans les allées pavillonnaires avant d’y parvenir.
Large et cossue, elle témoignait encore des heures joyeuses qui s’étaient écoulées ici. Quelques ardoises de la toiture  claquaient au vent, l’enduit crémeux s’effritait un peu plus chaque jour, le bleu des persiennes n’était plus si bleu mais les lettres arrondies et élancées du mot Sunset accrochées à la façade rappelaient à ceux qui voulaient bien s’y arrêter qu’elle en avait vu des soleils se lever et se coucher cette maison-là. Depuis plus de deux ans maintenant, elle restait fermée.
Les hautes herbes engloutissaient le jardin, les pissenlits et les broussailles recouvraient presque en totalité la terrasse, les arbres fruitiers pliaient sous le poids des figues, des prunes et des pêches qui n’étaient plus cueillies.
On aurait pu penser que la villa était à vendre mais aucune pancarte ne l’indiquait.
Elle avait été abandonnée un été. Un été où il avait fait particulièrement chaud, si chaud que chacun se claquemurait chez lui pour y faire le noir complet.
Simone y avait passé son dernier été, celui de ses 83 ans, celui de sa vieillesse désormais affichée aux yeux de tous. Cette villa était celle de ses enfants. Elle en avait les clés. Ses enfants qu’elle ne voyait plus.
Une villa au bord de la mer, c’était bien pour y mourir. Confortable et spacieux. Propice à la mise en scène.
Et puis, cela leur ferait une drôle de surprise à ses enfants quand ils ouvriraient la porte de sentir l’odeur de sa mort et de découvrir comme elle avait tout bien préparé.
Pascale Gatineau

il


Il habite la mer, la mer en tempête, la mer en bataille. Il vocifère souvent, plus fort que l’océan à qui il tient tête. On le voit rarement sortir de sa forteresse et lorsqu’on le voit, ou tout au moins, lorsqu’on l’aperçoit, tout au loin là-bas, donnant un signe de vie, alors on a peur.
Lorsque ses volets verts s’entrouvrent, la terre se dérobe sous les pieds de tout Saint-Hilaire, de Sion et même des Sables.

Dans sa tête, le chaos.

On sait qu’il ne vit pas seul, qu’il a une femme. Une femme-souterrain. On le sait.
Un jour, il a perdu la guerre, la vraie, celle des armes. Dans un pays lointain où il fait trop chaud.
Il a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir. Des choses … qu’il dit.
Il ne dit rien de plus… des choses…
Certains soirs de lune, une petite larme sur sa langue. Ces nuits-là, des mots douceurs s’échappent, des mots jolis pleurs.
Le lendemain il dira que non.

Non il n’a pas parlé, non il n’a pas soupiré, non il n’a pas vacillé. Non, non et non. Alors, si on insiste, si elle insiste, alors les mots colères reviennent. Couperets. Les tours de garde aussi, autour de la villa-caserne. Volets fermés, brise-vent camouflage, murs pris dans la bâche vert kaki comme là-bas. Au sol, une tranchée, peu profonde, comblée de tessons de bouteilles.

En 62, lorsqu’ il a quitté le pays, il a choisi la mer. Ici. A cause des parents. Depuis, les parents sont morts. Morts et enterrés. A deux pas d’ici. Des morts en plus, des morts encore. Il avait aussi pensé, que le mimosa aurait floconné sa vie, jaune soleil, jaune poussin. C’est pour cela qu’il a choisi cette villa. Mais le mimosa est mort, lui aussi. Gelé. Elle était tombée en admiration, en amour, la première fois qu’il le lui avait montré, en lui donnant sa place dans son chez lui.

Mon poussin, c’est ainsi qu’il l’avait appelé aussitôt. A cause du jaune, de sa douceur et du léger duvet qui recouvrait ses bras. Depuis que le mimosa a gelé, a été coupé, tronçonné, débité ; elle, n’arrive plus à se réchauffer. Même au creux de la cheminée, elle a froid. Elle n’a plus ces mots. Est-ce qu’elle savait ? Est-ce qu’elle savait, sa vie d’avant, à lui, son mari? Elle pensait que oui. Mais savait-elle vraiment ? Bien sûr disait-elle, il m’a raconté et j’ai lu tous les livres, écouter toutes les émissions, vu tous les films. Mais au fil du temps, elle avait vu, qu’elle ne savait pas vraiment. Qu’elle ne savait pas. Qu’elle ne savait rien du tout.
Elle recevait de temps à autres. Ça arrivait par paquets, comme l’écume des tempêtes ou ça se découvrait ainsi, tranquillement, au gré des marées, le long des années.

Elle était venue ici pour lui, lui et les coquillages, leurs gris nacrés, leurs roses perlées. Pour ses étendues sans fin de sable mouillé et luisant quand la mer se retirait. Là-bas y avait pas, lui avait-il dit.

Et puis elle s’est trouvée enfermée dans sa vie à lui, sa vie-barbelé.
Elle aurait souhaité juste qu’il lui dise : «  J’ai besoin de toi et de rien d’autre. » mais il n’avait plus cette voix.
Cet homme-là habite la dernière villa, juste avant le trou du diable et elle aussi, y habite, inséparable.  
Clodine Bonnet