jeudi 21 février 2013

Neige


Il neige. Depuis qu'elle est à Montréal elle l'attend, la neige. Tout ce blanc, enfin ! La neige elle en a rêvé, ça la fait rire la neige. Seule, elle joue avec, elle la joue au piano, la neige, la neige dans son éternité, sa pureté, la neige qui l'attend.
Est-ce la neige de ses cheveux qui lui inspire ces calmes pensées ? C'est vrai, elle préférerait le retour à la neige au retour à la terre, à la poussière : « tu es neige et tu retourneras à la neige », impalpable bonne femme de neige qui fond au soleil. Un souvenir de neige c'est un souvenir à la fois froid et doux qui s'efface sans douleur, proprement – la neige, néant blanc.
Michèle

Marteau


Il est parti de l’autre côté du monde, son marteau dans la poche. Dans une obscurité piquante tout s’assombrit encore et encore.
Il EST marteau, complètement.
Le ciel est noir, noir foncé, aucune clarté ne traverse le rideau de pluie qui l’accompagne maintenant depuis le début de son voyage. Son marteau ? Un talisman apaisant dans cette solitude intérieure qui l’habite depuis si longtemps déjà. L’introspection le happe chaque jour un peu plus, il sombre. Aucun répit, seul son marteau frappe encore et encore. Pour le protéger. Un coup, deux coups, mille coups, où est la différence ?
Le marteau son unique ami se fait lisse au contact de sa main calleuse dans une poche devenue si collante d’humidité. Même le métal s’est réchauffé, se fond avec le bois.
Ce marteau, Mart comme il l’appelle, semble devenir le seul élément vivant dans ce paysage étrange.
Mart, essentiel pour son apparente sérénité.

Christine
Le 10 février 2013

lundi 11 février 2013

Cupidon et Cie

« L ‘amour est un je ne sais quoi qui vient de je ne sais où et qui finit je ne sais comment.» Madeleine de Scudéry (1607- 1701)

Le jour de la St Valentin, Lever l'encre vous invite à écrire les 'je ne sais quoi' de l'amour. Il reste des places, avis aux amoureux des mots et aux amoureux tout court!

A la médiathèque de Juigné-sur-Loire (49610), jeudi 14 février, de 14h à 16h / Atelier animé par Isabelle Moran / Renseignements et inscriptions au 06.31.97.16.13

lundi 4 février 2013

Bruxelles, Re-belle

Photo Mar Biks
La deuxième édition de Bruxelles, ma belle s'intitule Bruxelles re-belle et aura lieu du 15 au 18 mars prochain. N'hésitez pas à consulter le programme que nos amis Belges et Oulipiens ont concocté et à vous inscrire auprès de Henri Landroit +32 2 640 21 52 henry.landroit@skynet.be

mardi 29 janvier 2013

Raconte, découpe et colle


Vendredi 8 et Samedi 9 mars, de 14h30 à 17h30
Atelier d’écriture et création d’un livre animé

Pour tous, de 9 à 99 ans
(enfants, adultes, voisins, cousins, papas, mamans, papis, mamies…) 

49610 Juigné-sur-Loire
Salle des Anciennes écoles, Grand Rue

Atelier animé par Isabelle MORAN (Lever l’encre)
et Agnès GUIDON (plasticienne et créatrice de ‘pop up’)

Participation : 15 euros, matériel et goûter compris
Renseignements et inscriptions : 06.31.97.16.13

mercredi 23 janvier 2013

Les nuances, couleurs du temps de nos âmes

Le quatrième volet des ateliers musique et littérature du jeudi soir aura pour thème les nuances.
Du pianissimo au forte, quelles nuances nous propose le texte musical? Comment les appliquer au texte littéraire pour traduire les nuances de nos existences et le sel de la vie?

Il reste des places, venez nous rejoindre, vous serez le/la bienvenu(e).

Cycle Ecriture et musique - 2 jeudis par mois - de 19h45 à 22h - salle du Petit Louet - 49610 Juigné-sur-Loire - 10 euros l'atelier + 5 euros cotisation annuelle à Lever l'encre. Prochaines dates: 24 janvier, 7 février, 21 février 2013

Pierre Legrand


Pierre Legrand est en nage. Il court depuis une demi-heure. Se perd dans les ruelles toutes identiques de Millau. Peu à peu la colère le gagne comme la sueur sur son dos musclé. Qu’est-il donc venu faire dans cette galère ?
Il s’était pourtant bien promis que jamais, plus jamais on ne l’y reprendrait ; accepter un dîner en ville qui plus est ! avec cette Justine, citadine jusqu’au bout des ongles qu’elle porte rouge vif.

Pierre tente de se ressaisir, il ralentit, la nuit tombe avec douceur, l’air reste léger et il commence même à apprécier sa déambulation loin de sa campagne familière.
Même si le lieu de rendez-vous reste difficile à trouver, que l’agacement le gagne Pierre a l’habitude d’apprécier l’instant présent, quelque soit le contexte. Cet exercice il s’y astreint depuis de nombreux mois maintenant et fait à chaque fois une belle découverte. Mais ce soir tout est plus difficile : les arbres au feuillage rafraîchissant paraissent un peu ternes, les fleurs des parterres si artificielles, même l’eau des fontaines semble faire un effort pour s’écouler clairement.

Une grande fatigue envahit soudain Pierre ; sa vue croise un banc posé là dans un petit square, exprès pour lui semble-t-il.

La nuit a donc été si courte ?
Pierre s’éveille. Allongé sous le chêne familier, au milieu du pré, le corps reposé, une faim de loup l’assaille.
« Ca y’est c’est prêt, le dîner est servi » crie Justine au loin.
La voici la belle découverte du jour ! ! 
Christine
Atelier du 20 janvier
Tableau Henri Rousseau, Le rêve, 1910

Vivre


La saison de l’Amour arrive à sa fin et la Nature est morte.
L’automne est loin maintenant, le silence s’étend à perte de vue et la neige a pris des airs de conquête.
Arrivé à la taille adulte, je me promène serein dans cette forêt familière ; celle que j’ai choisie me rejoindra bientôt et les jours à venir seront emplis d’espérance.
Elle porte désormais une robe chocolat tachetée d’écru, sa délicatesse et son port majestueux m’obsèdent chaque jour davantage. L’espérer, l’entendre au loin et bientôt l’approcher.

Pourtant un tumulte naît dans le lointain. Commencer à courir, s’arrêter, écouter, craindre le pire.
La tempête approche, des chiens, des chevaux. Des hommes courent, le feuillage craque, le blanc se fissure, le ton monte, la course démarre.
Fuir encore et encore. Se cacher, espérer le saut du haut talus. De guet-apens il n’y aura pas.
Christine
Atelier du 10 janvier

lundi 21 janvier 2013

Faire chanter le corps


Elle avait encore aujourd'hui l'élégance de la femme que je rêvais d'embrasser. Elle était toute échevelée de nos mouvements de fous qui dévalent la pente, s'époustouflant et courant à en perdre haleine.

Nous nous étions élancés depuis la ferme d'en haut, sur le chemin qui traverse la truffière, amoureux, fous heureux, des grimaces plein nos proches pour rire, se surprendre, se cacher derrière un arbres ou un buisson. Et au bas du chemin, se retrouver fatigués, époustouflés, estomaqués de nos échanges d'adolescents émancipés.

Je sais que mon cœur ne s'est pas emballé que de sa course, mais aussi à la vue de ses épaules de dentelle et de l'échancrure de son corsage ; j'ai dû manquer d'oxygène et je suis resté haletant comme à la fin d'une performance, ou plutôt comme au début d'une jouissance.
Stoppés en bas de l'allée des chênes truffiers, au bord du ruisseau,  je suis resté longtemps, ébouriffé. Mon corps, longtemps agité d'être si près de sa silhouette gracieuse, reste encore fébrile au souvenir de cet instant.

Cette après-midi là restera à jamais gravée, comme une petite note, épinglée à mon cœur et je retrouverai cet enthousiasme chaque fois que je pourrai l'enlacer.
Patricia
Atelier du 10 janvier 2013
d'après la sonate en Si mineur de Liszt

Cycle Ecriture et musique - 2 jeudis par mois - de 19h45 à 22h - salle du Petit Louet - 49610 Juigné-sur-Loire - 10 euros l'atelier + 5 euros cotisation annuelle à Lever l'encre. Prochaines dates: 24 janvier, 7 février, 21 février 2013

Les deux pianos - d'après la sonate en Si mineur de Liszt


La pièce est appelée de vie ou séjour. A cette appellation, les deux pianos ne trouvent rien à redire, eux qui séjournent ici, depuis plusieurs années pour l’un, plusieurs mois pour l’autre. Spectateurs permanents, ils voient tout ce qui se déroule ici, entendent tout ce qui s’y passe et en gardent secrètement la trace. Ils disent la joie sous la caresse des doigts lumineux et doux,  l’effroi et la douleur sous la violence des doigts torturés. Tout à l’heure, une sonate vient de les emporter dans une tornade, leur donnant l’illusion ou l’espoir de se reposer quelques instants, de goûter une joie profonde pour  les emporter à nouveau et les mener au bord du gouffre.

Ils sont deux, à quelques mètres l’un de l’autre. Le plus ancien dont le bois, au fil des ans,  s’est patiné de pourpre, résonne encore des chants de la forêt ; les volutes qui soutiennent son clavier ont la magie d’une invitation à la danse pour chacune des quatre saisons. Le plus jeune ne manque pas de fierté et son apparente raideur est adoucie par son vernis laissant sur lui jouer la lumière tandis que les veines rouges de son bois se découvrent tels un reflet dans l’eau.

Maintenant, les doigts venus les sortir de leur torpeur s’en sont allés et tous  les deux restent  silencieux, comme abasourdis. Pourtant, une oreille extrêmement attentive aurait pu entendre gémir celui que les ans avaient rendu bancal, le voir trembler tour à tour d’épouvante puis d’espoir, et aussi murmurer. « Comme je voudrais retrouver le parfum de mon allée, sentir à nouveau l’étreinte du hibou, entendre le vent hurler et s’exercer à jouer les dodécaphonistes. Non, je ne veux pas retourner en arrière ni faire resurgir le passé mais je veux juste en retrouver l’empreinte, l’élan. Pourquoi ce froid soudain, ce gris opaque tout autour de moi ? Pourquoi ce tumulte en moi, cet effroi, ce désaccord ? Quelle est cette main de fer qui cherche à me briser, quels sont ces démons qui ont  réussi à m’entraîner dans un combat que je n’ai pas choisi et où je deviens à moi-même ennemi ? J’ai toujours détesté les guerres, j’ai toujours refusé de me mettre derrière un drapeau,  de suivre une effigie. De rien ni de personne n’ai voulu et ne veux être l’épigone. Que m’arrive-t-il ? La voix s’est tue dans la patience de l’attente, celle d’un apaisement.

Un regard attentif aurait vu délicatement s’embraser les veines du deuxième piano. Lui, il avait tout saisi du drame qui se jouait à côté de lui tant était grande son empathie. Il aurait aimé s’arrondir afin d’offrir son aide comme on propose l’appui de son épaule. Mais il savait qu’il devait lui aussi faire preuve de patience. Il savait que l’apaisement viendrait. Il restait là, discret, paisible.

Ce qui se passe entre les êtres humains garde toujours sa part de mystère. Il en est de même pour les pianos. On n’ignore pas cependant que l’amour les habite et parfois  les fait exulter. Est-ce pour cela que dans la pièce, le lendemain, eut lieu une épiphanie. Mais, faut-il croire ceux qui la racontent?

Marie-Françoise
Atelier du 10 janvier 2013
Cycle Ecriture et musique - 2 jeudis par mois - de 19h45 à 22h - salle du Petit Louet - 49610 Juigné-sur-Loire - 10 euros l'atelier + 5 euros cotisation annuelle à Lever l'encre. Prochaines dates: 24 janvier, 7 février, 21 février 2013